A la fin des années soixante, Fañch Le Moal tâtonne. «A cette époque-là, il n’y avait pas de documentations sur le camellia. J’étais dans le flou !» Loin de se décourager, il poursuit ses recherches. Avec succès cette fois. Près de quarante ans plus tard, il compte parmi les spécialistes nationaux du camellia. A son actif, cinquante-quatre obtentions. Entendez plants hybrides, nés d’un mariage de deux espèces entre-elles. Quatre ont même été baptisées : Ville de Guingamp, Amzer Nevez (Temps Nouveau), Bleunienn an Trev (Fleur du Trieux), et plus récemment Côtes d’Armor. Dans sa propriété de Parc-Brug, à Plouisy, Fañch Le Moal possède 700 variétés de camellias sur un terrain de 1,3 ha. Une collection classée par le Conservatoire français des collections végétales spécialisées. On y trouve trente espèces originelles, comptant chacune de nombreuses variétés. En trente-deux années d’existence, le jardin s’est aussi enrichi de nombreux arbrisseaux, par pollinisation naturelle ou contrôlée. Un procédé artificiel qu’il a tardé à maîtriser donc, mais qui aujourd’hui lui donne satisfaction. «Chaque année, je sème 1 500 graines. Si sur le lot, j’obtiens une bonne variété, je suis content.» Un rendement faible mais qui donne sa valeur au nouveau plant. Mais il faudra attendre une dizaine d’années pour voir la première fleur apparaître. Une attente qui ne décourage pas Fañch l’horticulteur. «Généralement les gens ne regardent que la fleur sans se soucier du feuillage. Pourtant les camellias possèdent des feuilles très esthétiques.»
Obtenteur, Fañch Le Moal est aussi un conservateur. «Dès qu’un nouveau camellia a fleuri, je me presse de le greffer, car fragile, il risque de mourir. Le jardin est un conservatoire qui a aussi pour rôle de garder toutes les variétés.» Une spécificité qui lui tient à coeur. «Tous les camellias sont différents les uns des autres, de part leur forme générale, celle de la fleur, du feuillage, ou de leur taille. Ils sont donc tous intéressants.» Aujourd’hui, Fañch Le Moal s’est fixé un nouvel objectif. Celui d’obtenir un camellia de couleur jaune. «On en a découvert un en Chine en 1979, donc le gène jaune existe», assure-t-il. Des premiers essais, à partir de celui-ci, ont permis à l’horticulteur de se rapprocher de son objectif sans lui donner entière satisfaction. Donner naissance à un nouveau camellia est un travail de longue haleine. Fañch Le Moal l’a appris en quarante ans d’expérience. Il poursuit sa recherche.
Propos recueillis par Fanch LE PIVERT
Echo de l'Armor et l'Argoat du 17/02/05